Étude de cas · Terminale, thème 1 chapitre 2
Faire des élèves des enquêteurs.
Une séance sur le pogrom des 9 et 10 novembre 1938. Plutôt que de raconter, je distribue quatre corpus photographiques et une mission d’historien : prouver la responsabilité de l’État nazi par l’image seule.
Séance présentée au dossier RAEP du CAPES interne.
Les quatre corpus
Synagogues incendiées
Appartements saccagés
Vitrines de commerces
Arrestations à Baden-Baden
Déroulé
Quatre corpus, quatre équipes
Chaque groupe reçoit un jeu de photographies et une consigne différente — mais toutes convergent vers la même démonstration.
Une consigne d’historien, pas une question de cours
« En analysant ces photographies, présentez les formes de violence perpétrées, puis démontrez qu’elles ont été le fait de l’État nazi. » L’élève sait ce qu’on attend : d’abord relever, ensuite prouver.
Les indices sont dans l’image
Les pompiers présents pour protéger les immeubles « aryens ». Des enfants dans la foule en pleine journée scolaire. Une photo de pillage prise en cachette derrière une fenêtre — donc un acte que le Reich jugeait honteux. Les élèves trouvent, je ne dis pas.
Le mot lui-même devient une source
Pourquoi « Nuit de cristal » ? L’un des groupes établit que l’euphémisme nazi masque des appartements dévastés et l’intimité violée. Le vocabulaire cesse d’être neutre — c’est le cœur de mon enseignement de la Shoah.
Reprise magistrale, et là seulement
« Que faut-il retenir ? » Les élèves répondent, je valide, puis j’apporte ce qu’ils ne pouvaient pas déduire : 7 500 commerces dévastés, 1 200 synagogues détruites, 30 000 hommes arrêtés, l’amende d’un milliard de reichsmarks imposée aux victimes, la conférence d’Évian.
Ce que la séance m’a appris sur moi.
Mes consignes initiales étaient trop vagues, mes groupes trop nombreux, formés par affinité. Je les ai réécrites une à une. Analyser sa séance après coup fait partie du métier — c’est ce que je demande à mes élèves, je me l’applique.